Tuesday, November 27, 2012

Et l'homme... créa le robot

J'ai le plaisir de donner une conférence intitulée "Aux origines du mythe des robots" au Musée des arts et Métiers le jeudi 6 décembre 2012 de 18h30 à 20h00 (Amphi C) dans le cadre de l'exposition "Et l'homme créa le robot". La conférence sera suivie d'une visite de l'exposition.
Voici le thème de la conférence : Bien avant leur apparition, les robots étaient déjà présents dans l’imaginaire des grands auteurs romantiques du XIXe siècle : Hoffmann, Villiers de L’Isle-Adam, Mérimée, Balzac, Poe... Des statues vivantes au Golem, des hommes mécaniques au monstre de Frankenstein, des gynéïdes fatales aux robots universels, ces histoires ont érigé le robot en créature mythique. Metropolis, roman d’anticipation de la romancière Thea von Harbou, paru en 1926 et adapté au cinéma dès 1927 par Fritz Lang, marquera la première apparition d’un robot à l’écran. La lecture, ou relecture, de ces romans et nouvelles fantastiques nous révèle les sources de la fascination mais aussi de la peur que ces créatures artificielles nous inspirent. Replacés dans leur contexte historique et scientifique, ces textes, écrits au siècle où les découvertes vont changer le monde, ont contribué à construire notre conception du robot aujourd’hui…
La vidéo de la conférence sera ensuite disponible sur le site du Musée et sur le site de l'exposition. Une version audio sera également disponible sur la webradio de France Culture.
Cette conférence grand public sera précédée de la participation à l'émission de France Inter "Ouvert la nuit" à 22H00 le mercredi 28 novembre.

Thursday, October 11, 2012

L’androïde de Metropolis : le premier robot érotique

Le robot Futura du film Metropolis, le premier du cinéma, a largement participé à établir l’image du robot dans notre imaginaire collectif. Sa plastique, devenue mythique, a ensuite influencé toutes les représentations de robots dans notre culture. Ainsi, le célèbre « droïde » de protocole C3PO dans la Guerre des Étoiles est caractérisé par un design totalement inspiré par celui du film de Fritz Lang. Futura a été créée, au sens artistique du terme, par le sculpteur Walter Schulze-Mittendorff. Le robot a été conçu comme une armure sur le corps de Brigitte Helm, l’actrice qui incarnait à la fois Maria et l’androïde. Pour cela, l’artiste innova en utilisant pour la première fois une sorte de pâte à bois qui durcirait à l’air et qu’il sculpta ensuite comme du bois naturel.
Un point intéressant à noter est que la description du robot dans le roman d’origine, écrit par Thea von Harbou, est assez différent de sa représentation dans le film. Futura y est décrite comme « un corps féminin en cristal avec un squelette d’argent. » Le robot, dont la description n’est pas sans rappeler la gynéide Hadaly de l’Ève Future de Villiers de l’Isle-Adam, a une structure délicate, proche d’une « merveille. » Dans une scène du roman, elle apparaît lumineuse avec une fluorescence verte pour éclairer le chemin de Joh Fredersen. D’une façon générale, le robot apparaît clairement avoir une emprise sexuelle sur les hommes. Ce trait a été traduit dans le film, en particulier par la scène de danse suggestive interprétée par Brigitte Helm, presque nue, sous les regards avides et hallucinés de l’assistance. Dès qu’un homme la regarde, il tombe immédiatement sous son « charme » jusqu’à en devenir fou. Le contraste entre Maria, « le visage austère de la mère, le doux visage de la vierge », et Futura qui incarne la grande prostituée de Babylone, est alors total (l’image ci-contre montre une photographie de LadyGaga par Dave Lachapelle inspirée de Metropolis).
Nous avons initié un projet qui vise à imaginer et réaliser une représentation graphique animée en image de synthèse de ce qu’aurait put être Futura, avec nos moyens de création modernes. J’espère bientôt être capable de vous montrer quelques images… En attendant, vous pouvez (re)découvrir Metropolis dans sa traduction française inédite!

Sunday, October 07, 2012

Douleur et tremblements : la plus fondamentale des émotions?

À la question de la différence entre l’humain et la machine, la réponse la plus fréquente et la plus populaire est celle des émotions : une machine n’aurait pas la possibilité de ressentir une quelconque émotion. C’est en partie vrai seulement, car un robot doté de capteurs peut « ressentir » son environnement. Ainsi, plusieurs expérimentations ont montré qu’un robot peut analyser les émotions de son interlocuteur et adapter son comportement en conséquence. De plus, de nombreux travaux ont permis d’aboutir à des expressions émotionnelles très réalistes. Néanmoins, il reste indéniable qu’il existe une différence fondamentale entre exprimer un état émotionnel fusse-t-il le résultat d’un processus mettant en œuvre un niveau de perception et « ressentir réellement » une émotion. C’est toute la différence entre une simulation et la réalité. Les différences de nature entre l’organique et l’artificiel, entre l’évolution et la création ex nihilo, etc., sont autant de raisons de penser qu’il sera extrêmement difficile d’aboutir à une créature artificielle capable de ressentir des émotions au sens où nous l’entendons généralement.
Ce matin au Jardin des Tuileries, j'admirais la sculpture d'Aristide Maillol  intitulée "La Douleur" (image ci-contre). Parmi les émotions, elle est celle qui me semble la plus fondamentale. Peut-être la plus importante de toute. Il me semble intuitivement qu’elle est à l’origine de toutes les autres : quand on a la douleur, on obtient le plaisir, quand on a du plaisir on obtient le contentement, etc. La douleur entretient également une relation très étroite avec l’intégrité corporelle et la conscience de soi et l’apprentissage. Lorsque l’on s’intéresse un peu à elle, on s’aperçoit rapidement que c’est une notion complexe, au même titre que l’intelligence, la conscience, la vie. D’une part, nous savons tous la reconnaître immédiatement, mais elle reste difficile à définir précisément.
Parmi les multiples définitions, en voici une (source wikipédia) : « une douleur est une sensation désagréable ressentie par un organisme dont le système nerveux détecte un stimulus nociceptif. Elle peut être provoquée par un traumatisme (brûlure, plaie, choc) ou une maladie, mais aussi par un mauvais fonctionnement du système nerveux responsable de sa transmission. Habituellement, elle correspond à un signal d'alarme de l'organisme pour signifier une remise en cause de son intégrité physique. Un individu pourrait ressentir une sensation extrêmement désagréable, voire insupportable, qui peut provoquer un mouvement réflexe de retrait (au niveau des membres et des extrémités) ou un changement de position du corps. »
Les douleurs surviennent dans les systèmes complexes. Elles se résument schématiquement en douleurs par excès de nociception, en douleurs neurogènes, en douleurs psychogènes, en douleurs aiguës et chroniques. Pour terminer, je dirai qu’il ne faut pas essayer de simuler la douleur dans une machine comme un humain la ressent, mais plutôt d’identifier les phénomènes qui, compte tenu de la nature inorganique des machines, pourrait être qualifiées de sources de « douleurs » : perte de l’intégrité matérielle, température excessive des composants, encombrement mémoire, bugs et autres virus, etc., et intégrer au plus bas niveau les mécanismes de perception interne et d’alerte.

Wednesday, September 26, 2012

Vivre avec les Robots au Festival Int. du Film Scientifique ParisScience

Le documentaire de 52' "Vivre avec les robots" réalisé par Elodie Fertil (Gedeon Programmes) fera partie des films présentés lors du Festival International du Film Scientifique des 4 au 9 octobre prochains. Pour mémoire, je présente dans le documentaire certains de mes travaux de recherche sur l'Intelligence Artificielle et plus particulièrement le projet d'agent conversationnel Minna House basé sur la technologie EVA (Evolutionary Virtual Agent), une jeune psychothérapeute au caractère bien trempé. Ce projet était un clin d’œil à la célèbre Eliza créée au MIT par Joseph Weizenbaum entre 1964 et 1966. Le nom de Minna House fait référence d'une part au fameux Docteur House qui lui a légué quelques unes de ses répliques acides et odieux traits de caractères, et à Minna Bernays-Freud (1865-1941), belle-sœur et "amie" du célèbrissime théoricien de la psychanalyse.
J'interviendrai dans un débat avec les jeunes spectateurs après la projection du film le jeudi 4 octobre de 16H00 à 17H30 au Grand Amphithéâtre du Muséum d'Histoire Naturelle à Paris. La soirée Palmarès aura lieu au même endroit le mardi 9 octobre à 18H30. Que le meilleur gagne!

Sunday, September 23, 2012

Chopin et les androïdes

Frédéric Chopin a eu (1810-1849) une vie courte mais intense. Il fortement influencé par sa musique le courant romantique. ce grand artiste ne pouvait avoir manqué de voir les grands automates qui étaient exposés partout en Europe, ces précurseurs de nos robots modernes. Voici d'ailleurs un extrait surprenant de ses correspondances de 1846 traduites en français :
"En ce moment, je n'ai à Paris aucun de mes camarades d'école. Mais à propos de découvertes, en voici une qui est davantage de mon domaine. Monsieur Faber, de Londres, mécanicien très adroit et professeur de mathématiques a exposé un automate de sa fabrication. Il l'a nommé Euphonia. Cet automate prononce distinctement non un ou deux mots, mais de longues phrases. De plus, il chante un air de Haydn et le God Save The Queen. Si les directeurs d'opéras avaient à leur disposition beaucoup de ces androïdes, ils n'auraient plus besoin des choristes qui coûtent cher et causent de l'embarras. C'est chose étrange qu'on puisse arriver à ce résultat à l'aide de leviers, de soufflets, de soupapes, de chaînettes, de tuyaux, de ressorts, etc., etc. Je vois ai parlé autrefois du canard de Vaucanson qui digérait ce qu'il mangeait. Vaucanson avait créé aussi un androïde jouant de la flûte. Mais jusqu'à présent aucune machine n'avait chanté God Save The Queen. L'Euphonia en question est visible depuis deux mois à l'Egyptian Hall (Comme Bartek doit le savoir, c'est un endroit consacré à l'exhibition de toutes sortes de curiosités)."
L'image de gauche montre en haut l'une des rares photographie de Chopin et en dessous une photographie d'Euphonia.

Saturday, September 15, 2012

Le sourire mystérieux de la Musicienne

Une semaine après mon retour de Neuchâtel et de la Chaux-de-Fonds, je garde encore en mémoire le sourire mystérieux de la Musicienne. Il n'est certes pas comparable à celui, plus célèbre, de la Joconde, mais cette créature artificielle animée dégage un charme étrange et une étonnante impression de vie. Ce merveilleux automate est une véritable œuvre d’art, l’un des androïdes parmi les plus célèbres du siècle des Lumières. Il a été réalisé, comme trois autres automates (l’un d’eux a disparu) par Pierre Jaquet-Droz, son fils Henri-Louis et Jean-Frédéric Leschot entre 1767 et 1774. La musicienne est une joueuse d'orgue qui peut réellement interpréter cinq motifs musicaux différents. En effet, ce n’est pas une simple boîte à musique, mais c’est l’androïde qui enfonce les touches d'un orgue avec ses doigts. Elle respire et suit des yeux le jeu de ses mains, elle fait des mouvements du torse comme un véritable organiste, et termine son récital par une révérence au public. Mais, même lorsqu’elle ne joue pas, la Musicienne semble encore plus vivante : sa poitrine se soulève et s’abaisse lentement, des mouvements subtils animent sa tête et ses yeux. En fait, on ne les remarque pas dans un premier temps, et il faut l’observer plus attentivement pour déceler ces infimes mouvements qui procure l’étrange sensation d’un être à jamais emprisonné en l’animé et l’inerte, entre la vie et la mort. Il y a beaucoup d’empathie pour cette musicienne mais, en même temps, son aspect mystérieux dérange. Nous sommes au bord de la vallée de l’étrange.
Pour arriver à ce résultat, les créateurs de la Musicienne ont choisi une jeune femme et non une adulte. La boucle d’animation dans la posture d’attente est très subtile, à peine perceptible. Elle n’a rien à envier aux animations stochastiques du même type que l’on utilise pour animer nos avatars et nos robots modernes. J’ai eu également l’occasion de voir les « dessous » de la belle et j’ai été étonné de voir le « réalisme » des détails de la poitrine. Je ne posterai pas ces images, eut égard au respect que je porte à la Musicienne, mais cela illustre bien le soin du détail apporté à la réalisation de l’automate, même sur des aspects qui, a priori, ne sont pas perceptibles par le spectateur. Cela confirme l’un des points importants pour la création d’un personnage inoubliable : même si l’on n’en perçoit que 20%, les autres 80% sont nécessaires et concourent à construire sa personnalité, à lui donner la richesse et la subtilité du vivant.

Monday, September 03, 2012

Colloque International de Neuchâtel sur les automates

Du 6 au 8 septembre prochains, j’ai le plaisir de participer au Colloque International « L'Automate, enjeux historiques, techniques et culturels » qui se tiendra au Musée d'art et d'histoire de Neuchâtel et au Musée internationald'horlogerie des Chaux-de-Fonds en Suisse. Outre la partie conférence forte stimulante (le programme est ici), nous aurons la chance de visiter les musées, dont la pièce phare est sans aucun doute la Musicienne d'Henri-Louis Jaquet-Droz. Un événement à ne pas manquer pour ceux qui se passionnent (comme moi) pour l’histoire des créatures artificielles. La figure ci-contre illustre plusieurs des conférences qui auront pour thème les androïdes et les automates au Moyen-Âge, période que j'ai peu étudié jusqu'à présent.